la politique

  LA POLITIQUE.

 

            A vous tous qui portez un certain intérêt à l’activité politique, ou qui y êtes engagés directement, si vous êtes si peu que ce soit conscients des réalités supérieures, je dois commencer par vous dire:  mettez de côté tous les partis pris sectaires. Réellement, si vous ne le faites pas, vous risquez de troubler votre raison et votre lucidité, et de vous laisser dominer par une émotivité aveugle.

            Notez bien que je ne fais pas ici l’apologie de l’esprit calculateur ou intéressé, qui ne connait ni le respect, ni la solidarité. Je ne loue pas non plus ce type de froideur qui, souillé par une supériorité prétentieuse, a pour effet une incapacité à s’identifier avec le désir collectif.  Ce que je prétends dire, par contre, c’est que tous les partis dominants, quels que soient les pays considérés, bien qu’à des degrés différents, se trouvent encore significativement loin d’une conception (et à plus forte raison d’une pratique) qui puisse être considérée comme idéale ou très adéquate à la construction d’un monde nouveau, d’une civilisation régie par des canons supérieurs – d’universalité, de solidarité, de justice véritables.

            C’est pour cette raison que, à l’absence du sectarisme qui, dans tous les domaines (et temps, et circonstances), apporte une dimension raisonnable, il faut ajouter la conscience du relativisme et de l’imperfection des institutions prédominantes, même si on ne considère que ce qui doit être construit dans l’espace d’un siècle.

            Ainsi, les organismes politiques existant actuellement, tout comme les milieux gouvernementaux des différents pays, peuvent représenter un espace dans lequel il serait profitable que vous apportiez une contribution utile à la communauté, une bouffée d’air pur pour ces systèmes cristallisés, un peu (ou beaucoup) de lucidité dans les routines bien huilées: auparavant, vous devez pourtant être conscients de la juste mesure de la valeur de ces milieux.

 

            La Loi du Sacrifice doit être appliquée dans tous les compartiments de l’activité politique. Ceux d’entre vous qui ont une certaine connaissance de la sagesse occulte comprendront cette affirmation sur la base de la relation particulière de la politique avec le Premier Rayon de Volonté ou de Pouvoir, et de la relation de cette Radiation Divine avec cette Loi Universelle.

            Je reviens cependant sur un plan plus facilement accessible à tous, pour mettre l’accent sur le fait que les hommes politiques doivent envisager leur travail comme un effort strictement altruiste et désintéressé – renonçant à des convenances, des conforts et des vanités personnelles, en faveur d’une contribution au Bien Commun, et donc, les lui sacrifiant.

            Il est inadmissible et avilissant que quelqu’un puisse considérer la possibilité d’exercer une fonction de gouvernement ou de direction d’un mouvement politique comme une façon de remplir et d’améliorer son ‘curriculum’ personnel ou d’augmenter sa fortune matérielle. Presque aussi inacceptable est le cas de celui qui refuse d’apporter sa collaboration à une activité gouvernementale (qui, de toutes façons, est assez bien rémunérée dans tous les pays du monde) pour être mieux payé dans une autre profession – ce qui est acceptable toutefois s’il se sent discordant avec l’orientation en cours, ou incapable d’occuper cette fonction, ou s’il est déjà engagé dans un autre secteur de travail qui concourt au progrès de la communauté.

 

            En continuant sur ce terrain, j’aimerais qu’on établisse clairement la distinction entre le Service auquel je me réfère, et l’ascétisme providentiel prôné par des figures dictatoriales d’hier et (encore) d’aujourd’hui. De même, il conviendrait d’éviter la démagogie facile, ou la réprobation primaire – qui invente chez les autres les vices qu’elle connait pour les avoir elle-même. N’oubliez pas non plus qu’il y aura de meilleures politiques quand l’ensemble de la collectivité (qui commence avec vous-même) aura un degré d’exigence morale plus élevé.

            Le même postulat de sacrifice pour un plus grand Bien doit impliquer, de la part des politiques (des gouvernants comme des opposants), le courage de proposer et de mettre en oeuvre les mesures qui conviennent le mieux à la réalisation de ces valeurs plus élevées et globalisantes, même si ces mesures risquent d’être mal interprétées par quelques uns, voire par beaucoup, qui pourraient les évaluer d’une manière immédiate et superficielle.

            Il n’est pas facile d’avoir ce courage.

            Oui, cela paraît difficile d’avoir l’esprit large, de ne pas céder à la susceptibilité face aux critiques tout en restant présent, de ne pas valoriser à l’excès les jugements immédiats, et tout ceci, surtout, quand, dans un régime démocratique, on est dépendant des résultats électoraux et en même temps conditionné par la force de l’opinion critique des médias, et poussé par les divers groupes qui composent le tissu social avec leurs intérêts et leurs points de vue différents.

 

            La conception démocratique de l’exercice du pouvoir est en elle-même généreuse et digne, et pleine de possibilités qui restent à développer. Mais avant tous les autres, le premier pas à faire dans l’évolution de l’histoire des idées politiques, c’est la reconnaissance de la valeur fondamentale de la respectabilité et de l’égalité de chaque être humain, d’où découle la notion du tout auquel participent les unités qui le constituent – comme c’est le cas, en définitive, dans le schéma universel.

            Pour faire ce premier grand pas, il faut d’abord faire face à un problème de fond et le résoudre: l’égalité des droits (comme le droit de vote en particulier) ne correspond pas à une égalité des niveaux de conscience, de clarté d’esprit, de lucidité, de maturation intérieure du sentiment, et de capacité dans la responsabilité.

            C’est pour cela que beaucoup d’options démocratiques restent relativement aveugles et dans un certain sens peu recommandables, puisqu’elles ne sont rien d’autre dans tous les cas que le résultat d’une auto-détermination collective, régie par la Loi du Karma, ou Loi de Cause et d’Effet.

            En outre, les systèmes dits démocratiques exigent toujours des réformes extrêmement larges, que ce soit pour explorer expérimentalement les virtualités évoquées, ou pour dépasser les innombrables vices qui les déforment (à commencer par ce qui concerne la possibilité de faire connaître ses idées et ses propositions). Cette voie des réformes, qui doit être nécessairement reconnue, doit pourtant être empruntée sur un rythme prudent et sûr. Les monstrueuses atrocités, les crimes contre l’humanité perpétrés dans un passé encore récent – et aujourd’hui encore – dans les systèmes totalitaires, ne pourront jamais être oubliés. Aussi pour que ne surviennent pas des convulsions excessives et par suite dangereuses car les idées dictatoriales, racistes et fondamentalistes en tirent alors parti, nous recommandons la voie de l’équilibre et du bon sens.

 

            Pour exprimer sereinement et clairement leurs options, les hommes politiques doivent faire abstraction de tout cela, ils doivent préférer, au populisme facile et à la démagogie, une explication correcte pour tous de la difficulté des choix qui nécessitent, et c’est toujours le cas, le sacrifice de quelque chose.

 

            En vérité, l’activité politique représente, elle aussi, une voie d’unification.

            C’est la mise en oeuvre d’impulsions globalisantes qui vont agir sur des stratifications diverses, et qui, puisqu’elles impliquent constamment des nivellements rénovateurs, mécontenteront toujours les intérêts immédiats et superficiels de quelques unes des parties du tout sur lequel elles portent.

            Ces intérêts particuliers (particularisés) et (et) sectoriels (sectaires) doivent être respectueusement pondérés.

            Conformément aux principes de la justice relative, ils doivent être jugulés de la façon la plus correcte et équilibrée possible, car là où il doit y avoir un partage des ressources quantitativement relatif, il ne peut manquer d’y avoir aussi des abdications relatives. Cependant, elles seront mieux comprises et plus facilement acceptées si elles sont expliquées clairement, et si elles sont en plus accompagnées de l’idée audacieuse que, au-delà des apparents sacrifices parcellaires, ce sont toutes les parties qui finissent par en bénéficier quand le tout se potentialise globalement. C’est d’ailleurs cela même qui arrive dans tout le processus de l’évolution: la partie séparée finit toujours par se fondre dans un tout plus grand et par y trouver – au sein d’une conscience élargie – sa réalisation pleine et libre.

 

            Il faut encore ajouter que la fonction gouvernementale ne doit pas se considérer comme épuisée dans la prise de décisions, dans l’application consécutive de mesures concrètes, et dans l’usage de l’autorité du pouvoir. Elle doit être complétée par la présentation de propositions pour un progrès véritable, propositions basées sur la solidarité active et volontaire, sur une grande fraternité, sur une éthique reposant sur un désintéressement personnel ou de groupe, et propositions qui seront laissées à la considération des citoyens et à leur libre choix individuel.

            La philanthropie généralisée, intelligente et durable (et je ne parle donc pas d’une petite charité occasionnelle ou d’une aumône dilettante) doit avoir une place prééminente dans la politique, là où on ne l’a encore jamais constatée.

            Ces initiatives peuvent et doivent être lancées par les gouvernements mais aussi par les citoyens, les groupes et les associations. Je vous dis que nombre d’entre eux seront désormais inspirés.

 

            Il incombe également à la presse une énorme responsabilité dans le perfectionnement du processus politique. Avant tout, elle doit s’interroger sur la légitimité de réclamer une conduite moralement crédible quand elle n’exige pas d’elle-même cette même condition. Elle doit aussi se demander si, à la limitation du pouvoir politique, ne doit pas succéder une limitation du pouvoir de la presse. Je ne pense pas ici à une restriction des libertés de la presse ou de la liberté d’informer, mais je prétends souligner le droit de tous les citoyens à être informés d’une façon rigoureuse, sérieuse, véritablement pluraliste, et pour ce qui concerne l’objectivité des faits, d’une façon effectivement impartiale.

            La liberté de la presse est une liberté importante, mais elle ne doit pas être prise comme un absolu, car elle peut mettre en cause d’autres droits et d’autres libertés (de la même façon que, dans un cas extrême, la liberté d’action de chacun doit cesser là où elle met en cause le droit à la vie d’autrui).

            Certainement, le fait que les critères économiques de tirages et d’audiences conditionnent ou empêchent la possibilité pour quelques idées de se faire connaître (ne serait-ce que comme existantes) et d’être suffisamment expliquées – et cela est un contraste choquant avec les immenses opportunités qui sont données à d’autres – ce fait ne contribue pas à l’approfondissement ni à la nécessaire rénovation de la démocratie. 

            Il n’est pas juste non plus que cela arrive au nom de critères journalistiques car, même bien fondées, les règles strictes de cette profession ne concernent que l’infime minorité de ceux qui l’exercent.  

            Sur ce problème, il importe par conséquent de concilier la formulation de lois nouvelles et de compensations nécessaires, et une conscience plus élargie, plus universelle des responsables des moyens d’information, afin qu’apparaisse un esprit démocratique et pluraliste effectif dans un monde de plus en plus médiatique comme celui qui est le vôtre.

 

            Dans une autre perspective, il est indubitable qu’un journalisme qui pose dignement et supérieurement les questions globales – au lieu d’alimenter la basse politique et de prospérer à ses dépens – représente une contribution très importante à l’assainissement et au perfectionnement de la vie politique.

            Ce perfectionnement porte à la fois et d’une façon indissociable sur les sujets actifs de la politique d’une part, et sur le public en général d’autre part, et c’est la raison pour laquelle il doit être considéré avec sérieux.

            Je suggère, ici, d’atténuer l’importance exagérée accordée à l’activité politique et à ses principaux protagonistes. Ce qui ne doit pas être remplacé pour autant par des frivolités. Cela doit être remplacé par une attention juste et adéquate portée aux autres sphères de l’activité: la connaissance, la créativité, à toutes les capacités de construction de l’être humain.

            Evidemment une intervention politique peut être une manière éclatante de contribuer au progrès humain. La participation à cette sphère de l’activité devient même un devoir, à la mesure de chacun, quand des valeurs fondamentales sont mises en cause, comme lorsqu’il s’agit par exemple d’empêcher la progression d’idées ou de pratiques racistes ou xénophobes. Mais ce n’est pas pour autant l’unique et digne moyen d’intervenir dans la société, ou l’unique moyen de présenter et d’exprimer des idées ou des concepts, contrairement à ce qu’on voudrait presque trop souvent nous faire croire.

            La nouvelle attitude que je propose ne contribuera pas seulement à encourager une ouverture (et empêcher en même temps un rétrécissement) de l’application de l’intelligence humaine, elle tendra aussi à diminuer l’attrait que l’activité politique exerce auprès d’ambitions sans scrupules et d’opportunismes effrénés.

 

            Aujourd’hui, Mes Amis, le grand objectif à assumer par les hommes d’Etat et les politiciens du monde entier doit être celui de l’intégration graduelle, mais progressive, des diverses couches des populations qui constituent chaque nation et des diverses nations qui constituent la Terre.

            Cela implique nécessairement la réduction du fossé qui existe entre les privilèges des uns et les privations des autres. Cela implique la réduction du nombre des classes économiques et sociales, des nationalismes séparatistes et des antagonismes de toutes sortes. Mais cela doit être fait avec le maximum de respect possible pour  la liberté propre à chaque individu, à chaque région, à chaque pays, et toujours avec une considération attentive des spécificités propres à chacun.

            Très souvent, la meilleure façon de contribuer à l’unification et à la solidarité globale, tout en évitant la résurgence des haines ou des rivalités refoulées mais non dépassées, réside justement dans la reconnaissance formalisée et institutionnalisée de ces spécificités, ce qui au fond correspond à une certaine idée de la décentralisation.

 

            AU RESTE, JAMAIS UNE VÉRITABLE UNIFICATION NE PEUT ETRE ATTEINTE PAR LA DOMINATION, LA TYRANNIE, L’ÉCRASEMENT ET L’OPPRESSION ECONOMIQUE OU MILITAIRE.

           

            L’unité dont nous parlons est une unité basée sur la liberté et la participation, sur la somme enrichissante des diversités et non sur leur élimination (encore moins par la force).

            Nous ne préconisons pas un monde d’une seule couleur.

            Nous préconisons une harmonie polychrome.

 

            Voilà, en vérité, la tendance irrépressible de l’évolution humaine, quand on la considère au-delà de la petitesse relative d’une poignée d’années.

            Plus vite cela sera compris et réalisé, plus vite sera dépassée la plus grande partie des maux et des souffrances qui affligent l’humanité.

 

            Toutefois, signalons encore que cette unification planétaire (qui comportera préalablement quelques intégrations mineures) ne peut être atteinte en suivant la seule voie de l’unification économique, comme cela a été avancé et tenté parfois.

            La fraternité mondiale que nous envisageons, l’unique fraternité possible et légitime, est celle de la rencontre, de la reconnaissance, de la convivialité et du partage de toutes les ressources matérielles, morales et spirituelles, de toutes les expériences, de toutes les histoires, de toutes les cultures, de tous les hommes, de toutes les femmes, de toutes les races, de toutes les nations, de tous les désirs, de toutes les conquêtes, de tous les avenirs possibles et rêvés.

 

            Maitreya,  le 10 janvier 1996.

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